Mai 1915 Avril 1915 Les Eparges (2) Avril 1915 Les Eparges Avril 1915 Riaville AccueilTémoignage du soldat Léménorel (72ème RI) sur l'attaque aux Eparges : " Je monte en ligne avec la 7' compagnie, au soir du 21 avril 1915. Dans l'après-midi, l'adjudant Bravée, qui commandait notre section, nous avait réunis dans la cour du château de Sommedieu et nous avait fait cette déclaration : « Nous montons ce soir aux Eparges ; tant qu'il y aura un homme vivant dans la tranchée, je défends qu'on recule, ou cela, il y aura pour lui des balles dans mon revolver. Le lendemain matin, au lever du jour, je suis assis dans la tranchée. A côté de moi, et également dans un boyau qui part derrière de tous les côtés, des cadavres de soldats allemands, des cadavres soldats français, partout des cadavres, dans toutes les positions toutes les attitudes. Bientôt les canons tonnent ; je vois voler ici les bras et les jambes des malheureux. Et l'on s'est étonné, après guerre, qu'il y ait eu tant de disparus !
Témoignage du caporal Broizat (72ème RI) " Une odeur infecte nous prend à la gorge dans notre nouvelle tranchée à droite des Eparges. Il pleut à torrents et nous trouvons des toiles tentes fichées dans les parois de la tranchée. Le lendemain à 6h on constate avec stupeur que nos tranchées sont faites dans un charnier, les toiles de tentes mises par nos prédécesseurs l'ont été pour cacher la vue des corps et débris humains qui sont là. Au bout de quelques jours de ce séjour, et le soleil aidant, les mouches nous envahissent, l'appétit a disparu, et lorsque l'ordinaire peut nous arriver, il est balancé au-dessus du parapet. Seuls, le pinard et la gniole sont les bienvenus et étanchent la soif qui nous étreint. Les hommes ont le teint cireux, les yeux cernés ".
Ce fut encore la 12e division qui fut chargée de l'attaque entendu le 106e fut de la fête et le 25e bataillon de chasseurs à pieds encore désigné accompagné du 72e monté en ligne depuis peu ; pour prendre la tête des vagues d'assaut Cette fois, le succès récompensa les longs et pénibles efforts de la 12e division qui finit par s'emparer des Éparges qui resta, dès lors, en notre possession jusque la fin de la guerre. Cette opération a été relatée d'une façon particulièrement suggestive par le sergent Schillo du 25e bataillon de chasseurs qui y participa, en première ligne, à la tête de sa section. « Le 5 avril nous montons, dit-il, aux Éparges par des boyaux remplis d'une boue aussi tenace que du mastic. Avant d'arriver nous sommes salués par des rafales de balles et d'obus qui, déjà, éclaircissaient nos rangs. Quand la nuit commença à tomber, le bataillon (25e bataillon de chasseurs) s'installa, partie dans les tranchées, partie dans les gourbis. Devant nous la fameuse butte que nous allions attaquer. Le lieutenant nous apprend que nous devons attaquer le point X. Bientôt le commandement de «En avant» se fait entendre, commandement étouffé, car nous cherchons la surprise. Nous nous dirigeons vers la tranchée boche et le point X. Des cris de : Franzouse ! Franzouse ! saluent notre apparition. Un grand nombre d'Allemands enjambent le parapet et se dirigent vers leur deuxième ligne, tandis que d'autres nous fusillent à bout portant; grenades et couteaux de tranchées vont leur train. Nous sommes dans la tranchée boche; il fait noir comme dans un four. On se compte, on s'appelle ; il n'y a pas trop de manquants car l'attaque a été rapide. Mais les Allemands n'ont pas dit leur dernier mot. Ils reviennent bientôt en nombre et, à notre tour, nous sommes forcés de céder la place et de regagner nos tranchées de départ. La surprise est manquée. Le jour commence à poindre; des blessés, en rampant de trou en trou, essaient de regagner nos lignes. Cependant un bruit circule : il va falloir remettre ça. Il nous faut le point X coûte que coûte. Bientôt, de tous côtés, notre artillerie s'est mise. à tonner, 37, 75, 120, 90. Nos mitrailleuses s'en mêlent aussi.Mais les Allemands, un moment interdits, se reprennent. Ils nous font, avec leurs 105, un feu serré de barrage. Notre artillerie n'a pas démoli tous les fils de fer et force nous est d'en couper à la cisaille. Pendant ce temps les mitrailleuses boches creusent de sanglants sillons dans nos vagues d'assaut. A mesure que nous avançons vers le point X, nous voyons des Allemands détaler, certains portant, sous le bras, leurs bottes, qu'ils ont été forcés d'enlever de leurs pieds pour pouvoir les sortir de la terre glaise. Tout en avançant, les chasseurs tirent sur les fuyards. Malgré le feu des mitrailleuses nous avançons et lançons nos grenades. Les deux artilleries se sont tues, car elles ne savent plus au juste ce qui se passe et risquent de tuer leurs propres fantassins. Par un effort suprême, nous arrivons au point X et saluons notre victoire par un vigoureux Hurrah ! Des chasseurs emballés courent après les Boches qui s'enfuient. Nous retournons les parapets et les réparons tant bien que mal. Un peu avant dans la nuit, je vais faire un tour dans le ravin situé devant nous ; partout des morts et des blessés. Dans les trous d'obus beaucoup de blessés sont tombés et sont morts étouffés par la boue. Les brancardiers n'en peuvent plus.Nos hommes ont l'air d'être arrivés au dernier degré de la résistance physique et morale. Avec nos yeux fixes, nos figures aussi terreuses que celles des morts, nous ressemblons à des fous. Il nous arrive des prisonniers volontaires, tout de neuf habillés, qui nous assurent que le Kronprinz y mettra ce qu'il faut en hommes et en matériel, mais que nous ne garderons pas les Éparges.Il est certain que, pas plus tard que cette nuit, nous aurons la visite des Allemands. En effet, dès la nuit venue, l'artillerie boche se réveille, les fusées sont très nombreuses, les tac-tac des mitrailleuses très rapprochés. Les projecteurs inondent le terrain de leur éclatante lumière comme un clair de lune très puissant. De nombreuses équipes de chasseurs nous ont réapprovisionné en grenades et en cartouches. Des fusées éclairantes et des fusées pour alerter l'artillerie sont également à portée de notre main partout où il est nécessaire.Nos yeux fatigués se ferment malgré nous. Tout à coup, des commandements en allemand nous réveillent, puis des claquements de revolver. Immédiatement nous sommes aux créneaux. - Laissez-les approcher, fait passer le capitaine. Et au moment où nous distinguons les casques des Allemands, un commandement retentit : « Feu à volonté. » Nous les recevons de la belle manière. Tout part en même temps fusils, mitrailleuses, grenades et bientôt le 75 avec ses arrachements de toile, suivi peu à peu de nos grosses pièces, car les fusées rouges ont demandé du secours.La vague allemande, décimée par une pareille réception, se replie en désordre dans un angle mort de la pente mais pour se reformer et se relancer bientôt à l'assaut. C'est un combat terrible et je salue ici le soldat allemand des Eparges ".
23 avril 1915 , à 9h du matin violent bombardement de la crête de Montgirmont. Vers 10h30 une nouvelle attaque du secteur a lieu, elle est repoussée. Bombardement de nouveau vers 16h30 avec attaque ennemie vers 19h et 21h; toutes deux sont des échecs, les défenseurs sont anéantis.
Dès le 17 avril 1915 , le 3e bataillon du 72e RI occupe le secteur des Eparges. Les hommes vont se livrer à lutte acharnée afin de reprendre les lignes de tranchées occupées par l'ennemi, parfois même pour quelques mètres. 21 avril 1915 , le 3e bataillon du 72e Ri et le 25e BCP sont relevés par les 1er et 2e bataillon du 72e RI. la crête du village de Montgirmont est occupée mais continuellement sous le feu de l'artillerie ennemie. Le 72e RI occupe ce secteur et s'y maintient.
Clichés pris durant les combats de la crête des Eparges en avril 1915