Le plan Allemand en 1914
Après 1871, la France vit dans sa nouvelle frontière de l'est un danger d'invasion brusquée de son territoire. Dans cette éventualité, et compte tenu des lenteurs de la mobilisation, une attitude défensive fut adoptée avec un plan de concentration des armées à une grande distance de la frontière (Champagne, plateau de Langres). A partir de 1887, les régions fortifiées de Belfort, Epinal, Toul, Verdun, élaborées par le général Séré de Rivières, permirent de prévoir une concentration plus près de la frontière. Deux passages, intentionnellement laissés libres, à Charmes au centre et à Stenay au nord, devaient offrir la possibilité de canaliser l'avance allemande et de combiner des actions offensives et défensives. Peu à peu, de nouvelles données vinrent modifier l'esprit initial de la stratégie. Les progrès réalisés dans les chemins de fer et donc dans l'acheminement des troupes, la puissance et la préparation grandissantes de l'armée, les circonstances politiques et l'alliance avec la Russie firent que les plans de campagne élaborés eurent un point commun : L'offensive dès la concentration de nos forces terminée. En août 1914 le plan de campagne français était le 17ème depuis 1871, il était l'œuvre du général Joffre, chef d'état-major général depuis 1911, et désigné depuis cette date pour prendre le commandement en chef des armées en cas de guerre. Des renseignements faisaient prévoir une attaque du gros des forces ennemies en Lorraine, avec éventuellement la poussée d'une aile droite en Belgique, sans que l'on sût jusqu'où irait cette incursion, et l'on admit qu'elle ne dépasserait pas la Meuse, vers Givet. Le plan XVII prévoyait donc deux variantes : 1- Cas de non violation de la Belgique par les allemands : - Double offensive avec toutes nos forces : - En Lorraine principalement, entre les Vosges et la Moselle en aval de Toul, en direction du Palatinat. - Offensive secondaire, partant de la région de Stenay, en direction de Thionville pour rejeter l'aile droite allemande vers le Luxembourg. 2- Cas de violation de la Belgique : - Double offensive également : - La principale en Lorraine, inchangée. - La seconde en direction de Neufchâteau (Ardennes belges) au lieu de Thionville, à la rencontre de l'aile droite ennemie. Ces deux alternatives étaient également prévues dans la concentration : Sur les cinq armées la 4e restait réservée et en retrait, de manière à venir s'intercaler, soit entre les 2e et 3e dans le cas N°1, soit entre les 3e et 5e dans le cas N°2. Enfin, une convention passée avec les britanniques plaçait leur corps expéditionnaire (initialement 4 DI et 1 DC) à gauche du dispositif français, vers Landrecies. En vertu de la neutralité de la Belgique, aucun accord de coopération n'était intervenu pour l'emploi de sa petite armée (6 DI et 1 DC) en cas de violation de son territoire.
Le plan Français en 1914
AccueilEn cas de guerre et compte tenu des alliances, l'Allemagne devait agir sur deux fronts, à l'ouest contre la France, à l'est contre la Russie, mais il lui était naturellement impossible de mener des opérations de grande envergure contre les deux en même temps. Il lui fallait réduire ses deux adversaires successivement, et il restait à déterminer lequel attaquer en premier. Les plans élaborés après la guerre de 70 et jusqu'en 1894 par le maréchal de Moltke puis par le général de Waldersee, prévoyaient une attitude défensive contre la France et offensive contre la Russie. A partir de 1894 le Comte Schlieffen, leur successeur à la tête du grand état-major, adopta une solution inverse, mise au point peu à peu, jusqu'à la version de 1905. Selon ce plan, les armées austro-hongroises assuraient la couverture face à l'est pendant que toutes les armées allemandes chercheraient une victoire rapide, décisive et définitive à l'ouest. Victoire rapide: La France devait donc être à l'évidence le premier pays attaqué puisque le plus vite prêt et le plus immédiatement dangereux. Ensuite, l'Allemagne pourrait se retourner contre la Russie, plus longue à mobiliser, et disposant de grands espaces pouvant favoriser une retraite et mener à une guerre longue. Victoire décisive et définitive : La bataille frontale, contre un ennemi massé à la frontière franco-allemande devait être écartée, elle risquerait de provoquer la retraite des armées françaises et par suite, d'autres batailles à livrer. De plus le barrage de fortifications Verdun -Toul – Epinal -Belfort ralentirait l'opération. C'est l'anéantissement définitif auquel il fallait aboutir, et ce, en appliquant la tactique de l'enveloppement, enrouler les français, bousculer leurs armées les unes sur les autres, les réduisant à l'impuissance et à la capitulation. Le plan Schlieffen consistait donc en un déploiement de deux groupes d'armées : - Un groupe Nord représentant la masse de manoeuvre, entre Aix-la-Chapelle et Thionville. - Un groupe Sud, masse secondaire, en Lorraine et Basse - Alsace, de Metz à Strasbourg. (Presque rien en Haute - Alsace en raison des obstacles des Hautes - Vosges et du Rhin). - Ces deux groupes s'articulaient autour de la région fortifiée Metz et Thionville (Moselstellung). La masse de manoeuvre Nord devait opérer un vaste mouvement de contournement puis de rabattement à travers la Belgique, le groupement Sud agissant en couverture avec actions offensives ou défensives selon les circonstances. La répartition des effectifs était de 1 à 7 entre le Sud et le Nord. L'aile droite allemande (mais peut-on encore parler d'aile ?) était donc considérable, tout était sacrifié à ce projet d'enveloppement y compris l'éventualité d'une avancée française profonde en Lorraine, en direction du Palatinat. Les nécessités de la stratégie reléguaient au second rang les règles du droit et de la morale politique que représentait la violation du territoire de la Belgique. En 1906 le général de Moltke (le neveu du maréchal), succéda à Schlieffen. Il conserva le principe de la manoeuvre d'enveloppement par le nord, mais apporta des modifications qui le rendaient moins audacieux en même temps qu'elles l'affaiblissaient : Il préleva des troupes sur le dispositif initial pour la défense de la Prusse orientale (9 DI et 1 DC), il renforça le groupement Sud, refusant l'idée d'une avance française profonde en Lorraine. Le résultat de ces changements fut une proportion d'effectifs de 1 à 3 entre armées Sud et Nord au lieu de 1 à 7 comme dans le plan Schlieffen initial. Si le plan XVII ne prévoyait aucun calendrier précis quant à la durée de la guerre, le plan allemand était conçu pour régler le sort des armées françaises en 6 semaines, puis se retourner toutes forces réunies contre la Russie.