Accueil Août 1914 (5-26 août) 27 Août 1914 Combat de Virton 22 août 1914 La 3e Armée devait marcher en échelon vers le nord, pour appuyer l'offensive de la 4e Armée et protéger son flanc. Le 4e Corps devait traverser Virton, le 5e dégager Longwy et le 6e s'opposer à des attaques de troupes allemandes débouchant des Camps retranchés de Thionville et de Metz. Plus au sud, la division de cavalerie et la division de réserve avaient à défendre les Hauts de Meuse et Verdun. Le 4e Corps se mit en route sur deux colonnes, la 8e division par Virton avec objectif ultérieur Etalle, la 7e à droite par Gomery, objectif : Ethe. Nos renseignements sur l'ennemi signalaient des mouvements sans importance dans cette région. Ce n'était pas l'avis du colonel de Hautecloque, commandant le 14e hussards, malgré que le pays fut peu propice aux reconnaissances, ni celui des habitants de Virton où le 115e régiment d'infanterie portait ses avant-postes. La 8e division devait quitter Virton de grand matin. Les habitants regardaient passer les soldats français et leur donnaient des neufs, du lait, du café généreusement additionné de rhum, des bols de bouillon et du tabac. Partout flottaient des drapeaux de la Croix-Rouge et les couleurs belges. Le général Boëlle installait, vers 6 heures, son poste de commandement à l'Hôtel de Ville. Mais déjà le 130e avant-garde de la division, était arrêté avant d'avoir pu prendre pied solidement sur le plateau qui domine Virton, au nord. Dans les rues, les régiments qui suivaient, ne pouvant plus avancer, formèrent les faisceaux. Le brouillard était épais et l'on entendait à peine quelques lointains coups de fusils. Tout à coup, les premiers blessés arrivèrent. Les postes d'ambulances s'organisèrent ; les curieux faisaient cercle alentour. Cependant, il fallait sortir de ce défilé. Le 124e reçut l'ordre de se déployer à la lisière. Dans la campagne, le brouillard empêchait de voir à vingt pas, mais la fusillade devenait plus nourrie et les premières bandes de mitrailleuses commençaient à crépiter. On voulait tirer, mais sur quoi? On ne voyait rien. Et puis le 130e était en avant de Soudain, sur la crête la plus proche, apparurent les premiers casques à pointes. Derrière les lignes de tirailleurs couchés, les chefs de section s'agitaient pour entraîner leurs hommes. Ils n'avancèrent pas longtemps, car notre tir se déclencha. Puis, baïonnette haute, nos fantassins s'élancèrent. Ils furent arrêtés par les mitrailleuses et contraints de s'aplatir dans les avoines. Ce n'était pas un abri; les chefs tombèrent !! Les deux infanteries restèrent accrochées. L'artillerie ne pouvait tirer à cause du brouillard. Quand celui-ci se dissipa, le bombardement de Virton commença. Cependant, dans les rues de la ville, d'ordinaire si calme, il n'y eut pas d'affolement. Les Belges, aimablement, guidaient et soutenaient les blessés vers les hôpitaux hâtivement constitués. La 8e division n'avait pu déboucher de Virton, mais du moins réussit-elle à maintenir la lutte en avant. Lorsqu'elle dut l'abandonner, le général Boélle fit entrer en action toute l'artillerie dont il disposait. Ainsi nos fantassins, à 17 heures, purent rentrer dans Virton, tandis qu'une belle charge du 117e rejetait l'ennemi dans les bois. Pendant que la 8e division tenait tête victorieusement, en liaison étroite, à sa gauche, avec le 2e Corps de la 4e Armée, à sa droite la 7e division se trouvait compromise, car le 5e Corps qui devait protéger son flanc droit se laissa absorber par Longwy. Après que le 14e hussards eut délogé l'ennemi d'Ethe, l'avant-garde de la 7e division traversa le village et le dépassa. Dans le brouillard, elle tomba sur la lisière des bois où elle se fit hacher. Une attaque du 101e sur Belmont lui permit pourtant de conserver Ethe, mais le repli du 5e Corps entraîna son propre repli; et le soir, après la retraite, les malheureux blessés abandonnés à Gomery subirent les effets de la « furor teutonicus ». Ils furent brûlés et fusillés avec des raffinements de cruauté. Dans cette journée du 22 août, le 4e Corps s'était bien comporté au baptême du feu. Il avait failli remporter un succès et l'échec ne lui était pas imputable. En tout cas, son adversaire était particulièrement touché puisque le Ve Corps allemand, qui lui avait été opposé, dut disparaître pendant plusieurs jours afin de se reconstituer. Ce fut le 5e Corps qui causa l'insuccès. Chargé de marcher vers le nord en échelon et à droite du 4e C.A. et de masquer Longwy, il se laissa attirer par cette malheureuse, mais héroïque place forte, isolée déjà le 2 août, investie depuis le 20 et bombardée depuis la veille, et qui résistait encore, sans autres ressources que l'énergie de son gouverneur, le colonel Darche. Le 5e Corps, pour la sauver, lança trois attaques successives. Toutes échouèrent; et le 5e Corps dut se replier vers les Hauts de Meuse sans avoir pu rétablir sa liaison avec la 7e division. A l'aile droite de la 3e Armée, comme l'avait prévu le général Ruffey, eut lieu l'effort principal de l'ennemi. Celui-ci trouva devant lui le 6e Corps, qui lui infligea des pertes terribles, en luttant avec héroïsme contre des forces trois fois supérieures. Là, ce fut l'inaction de la 7e division de cavalerie qui fit perdre au 6e Corps les résultats de ses efforts. La 40e division, sous les ordres da général Hache, qui avait tenu tête aux trois divisions ennemies du XV Ie Corps, et contre laquelle le Kronprinz lança sa dernière réserve, menacée alors sur son flanc du côté de Briey, dut se replier. Le 22, au soir, malgré le courage déployé, les objectifs n'étaient atteints ni par la 4e Armée ni par la 3e Armée. Tant de belles attaques avaient échoué parce qu'elles avaient été insuffisamment ou mal prépa rées par l'artillerie, parce qu'elles s'étaient heurtées à des positions solidement organisées, parce qu'elles avaient manqué de liaison et peut être surtout de direction d'ensemble. Texte extrait de « La grande guerre vécue, racontée, illustrée par les Combattants, en 2 tomes, Aristide Quillet, 1922 » et de Michelin, guide des champs de bataille.