AccueilA l'occasion du centenaire 1914 - 2014, je vous propose de découvrir des extraits de courriers et carnets de guerre écrits par des soldats du 72e et 272e RI, nous sommes début août 1914 chacun a reçu sa feuille de route et les soldats tentent de rejoindre Amiens, nous sommes à la veille du grand départ ...
En août 1914 , le Capitaine Pierre Quentin Bauchart a 32ans, officier du 272e RI il écrira à sa femme jusqu'en octobre 1916 date où il fut tué sur le front de la Somme. Extrait de son courrier daté du 2 août 1914 (Paris) : " Le téléphone a été coupé hier à midi. je t'écris donc. Je veux le faire brièvement, parce que sans cela je me laisserais aller aux effusions, et je ne veux pas. Le moral est bon et j'entends qu'i reste. Adresse: 272e régiment d'infanterie, Amiens. Je t'écrirai le plus souvent possible, mais sans renseignements sur nos marches, car une lettre interceptée peut avoir de graves conséquences. Ce matin, déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie, mais pas à nous. L'atitude de Paris est admirable de sang froid et de résolution. Pas une note discordante, pas une hésitation. J'ai vu à l'hôtel de ville les socialistes les plus avancés prêcher la discipline militaire, même et surtout après l'assassinat de Jaurès. Unanimité absolue, calme parfait. L'Italie déclare rester neutre jusqu'à nouvel ordre. On espère que l'Angleterre marchera, mais elle n'a encore rien dit.
3 août 1914 : " j'arrive à Amiens, ayant 32 ans, je suis affecté au dépôt. Il est donc probable que je resterai ici au moins trois semaines.
4 août 1914 : " Ma mission consiste à organiser, le plus vite possible, des renforts, que l'on expédiera quand on le demandera et quand ils seront prêts. Ce n'est pas très glorieux, mais je n'ai qu'à obéir. Je conserve l'espoir de rejoindre les camarades avec la troupe que j'aurai formée.
En août 1914 ; le soldat Lucien Drouard incorporé au 72e RI est l'ordonnance du Capitaine De Changy (tué le 22 février 1915 au cours des combats à Mesnils les Hurlus), exerçant la profession de charron dans le civil il s'occupera fidèlement du cheval de son officier. Il entretient au cours de cette guerre une grande correspondance avec sa femme Germaine. Suite à des problèmes de santé, Lucien Drouard sera classé inapte à l'infanterie le 15 juillet 1916. Extrait du courrier daté du 2 août 1914 : " Amiens, le 2 août 1914 , Ma chère Germaine Un mot pour vous dire que je quitte Amiens demain vers midi. J’embarque à 11h1/2 du matin, destination inconnue, avec le cheval du capitaine. Le Régiment quitte demain aussi. Aujourd’hui, jen’ai pas de lettre de personne. J’en aurai peut-être ce soir. J’écris chez nous en même temps. Je ne peux vous en mettre davantage car je suis très pressé. Je pars mais votre photographie me suivra partout. Elle est dans la poche intérieure de capote. Alors, chère petite amie, je vous quitte mais avec de bien chaudes larmes dans les yeux. Mais il ne faut pas désespérer. Quand je reviendrai, je serai encore le même qu’en partant. Ce sera toujours pour vousque ma pensée se fixera et restera pour toujours. Alors, cher petit coeur adoré, au revoir et mille baisers de votre ami qui vous aime pour toujours.Toute mon amitié à vos parents. Votre petit Lucien qui pensera à vous et vous donnera de ses nouvelles. C’est bien entendu pour mon adresse L. Drouard 7e Compagnie 72e d’Infanterie Par Amiens Somme
En août 1914 ; Henry Legrand est soldat au 72e RI, chef de la 14e escouade de la 4e section dans la 8e compagnie du 2e bataillon commandé par le SLt Regnault . Il va consigner pendant 4 ans des notes écrites au moment de la campagne militaire. Il survivra à 4ans de guerre. Extrait de son carnet début août 1914 : " La formidable machine qu'est la mobilisation est mise en mouvement. Tous les rouages de la vie militaire savent ce qu'ils ont à faire; tout a été prévu dès le temps de paix dans les moindres détails (...). c'est dans la rue un mouvement inaccoutumé, un perpétuel défilé de voitures de corvée, d'habillement, de fourrage, d'équipement, de ravitaillement, et des camions de réquisition. Dans les casernes, tout s'accomplit comme s'il s'agissait d'un exercice de mobilisation auquel nos troupes sont habituées. Chacun touche sa collection de guerre, fait un ballot de ses effets qu'il dépose au magasin de sa compagnie, et le tour est joué. il ne reste plus qu'à évacuer la caserne pour permettre l'habillement des réservistes. Le 3 août à 6 heures , l'armée active est prête. Musique en tête, elle quitte la caserne Friant (Amiens) pour se rendre au cantonnement de Renancourt. Tout le monde est content, presque joyeux. "
En août 1914, André Delattre est soldat à Amiens, il vient de terminer ces deux années des service militaire à la 11e compagnie du 72e RI. Le 1er août c'est la mobilisation il témoigne de cette euphorie du départ : " Dans les chambres ce ne sont que des cris et des chants, certains ne croient pas encore à la guerre, d'autres avec l'insouciance de leurs 20 ans ne voient dans le départ en campagne qu'une occasion de mener une vie nouvelle et de rompre la monotonie de la caserne (...). Je suis appelé au magasin de ma compagnie, j'y touche mes effets et mes équipements de mobilisation. Ma compagnie doit partir le soir même cantonner dans un petit hameau à Pont de Metz, à 3h d'Amiens. C'est là que j'irais la retrouver le 4 août, après l'arrivée complète des réservistes et des territoriaux. Le 4 août vers 16h avec tout mon fourniment je quitte la caserne. je me rends à Pont de Metz retrouver ma compagnie. A peine suis je arrivé qu'à lieu la distribution des vivres de réserve: deux boites de singe, un paquet de café, un paquet de potage, six biscuits), un paquet de pansement individuel, la plaque d'identité, de 120 cartouches et enfin d'un manchon bleu destiné à rendre nos képis moins visibles . "