AccueilJean Millot est né le 23 avril 1884 à Berthenicourt (02) il exerce la profession de meunier. De la classe de mobilisation 1903 recrutement St Quentin il porte le matricule militaire 1280 Engagé volontaire pour 3 ans le 3 février 1904 à la mairie d'abbeville il incorpore le 3e régiment de chasseurs à cheval numéro matricule 1938 Il passe Brigadier le 3 juillet 1904, Brigadier fourrier le 24 septembre 190 puis Maréchal des logis le 4 février 1905. Réengagé pour 2 ans le 8 février 1906 à compter du 3 février 1907 il passe au 1er régiment de hussards en qualité de brigadier Arrive au corps le 13 juillet 1907 Brigadier fourrier le 25 novembre 1907 Maréchal des logis le 31 juillet 1909 Mobilisé le 3 août 1914 au régiment de cavalerie légère d'Abbeville Jean Millot est envoyé est détaché dans la 10e compagnie au 3e bataillon du 72e RI comme agent de liaison le 4 août 1914.
Maréchal des Logis Jean Millot agent de liaison détaché au 72e RI en août 1914.
Au cours de la campagne militaire Jean Milot consignera sur plusieurs carnets des notes le récit des combats écrit au jour le jour mais ces carnets vont disparaitre au cours du conflit à Berthenicourt en 1914 1918. Ce n'est qu'en 1941 à l'âge de 47 ans qu'il tente de réécrire ses souvenirs de guerre et de consigner à nouveau son témoignage. Malgrè quelques erreurs concernant les dates et les noms des officiers et soldats, le témoignage de Jean Millot reste précieux dans la continuité du récit des évènements vécus par les bataillons du 72e RI. Jean Millot en tant qu'agent de liaison est accompagné d'un cheval matricule 311.31, il est aux ordres du colonel Toulorge (Commandant le 72e RI) avec 10 autres chasseurs à cheval. Le 4 août 1914 il prend son équipement militaire, un revolver 92 (sans cartouches !) puis des manchons bleus pour couvrir les képis rouges. Le 6 août 1914, Jean Millot est placé sous les ordres du Commandant Victor Caumel chef du 3e bataillon au 72e RI.
Le 72e RI reste en arrière garde des éléments d'infanterie qui se battent à Meix devant Virton (128e RI). les bataillons sont en position à Sommethonne avec l'Etat Major de la 3e DI, à la ferme du Hayon au nord de Sommethonne puis dans le Bois Haut sur la route de Villers la Loue à Meix devant Virton . Les Compagnies les plus avancés du 72e RI sont sous le feu de l'artillerie ennemie mais ne seront jamais en contact direct avec l'infanterie ennemi. Ce n'est que le 24 août en fin de journée que les éléments du 72e RI décrocheront de ce secteur. Quelques pertes du régiment sont signalées sur le territoire de la commune de Meix devant Virton :
Lundi 24 août 1914. Ferme du Hayon (1) " Au matin, le commandant m’appella, me dit de prendre les cavaliers que je voudrais avec moi et d’aller me placer à gauche du bataillon, sur une hauteur, qu’il m’indiqua sur sa carte, car je n’en avais pas, où venaient se joindre deux chemins venant du Nord et de l’Est. Je trouverai sur ma gauche un petit bois où je cacherais mes hommes et il fallait observer les allées-venues des deux chemins, prévenir de tout mouvement de troupes que j’apercevais, amies ou ennemies. Je partis avec un bleu et Duflos le maréchal en suivant le côté gauche du chemin encaissé qui conduisait au petit bois indiqué où le bleu tînt les chevaux pendant que Duflos et moi fumions des pipes en regardant sous les feuilles de la lisière. Au bout d’une heure, on vit poindre, sortant d’un bois opposé, à deux kilomètres, trois silhouettes de cavaliers armés de lances, qui venaient au pas sur nous par le chemin du Nord, à gauche. On avait cessé de fumer et nous étions à plat ventre au haut du talus qui surplombait le chemin encaissé. On ne savait si c’était trois hulans belges ou trois allemands, ils portaient la schapska recouverte d’une toile grise. A quatre pattes, Duflos était allé chercher la carabine du bleu, car, lui, comme moi, nous avions des revolvers 92, mais pas de cartouches. Quand il revînt, celui qui paraissait le chef s’arrêta près de moi, à cinq mètres en contrebas et se haussa sur les étriers pour voir plus loin, puis se retourna vers ses camarades et dit quelques mots, que je crois être, allemands… mais ce pouvait être aussi du flamand. Je le mis en joue et lui visai la tête … mon cœur battait !... Je me fis l’effet d’un assassin et n’y tenant plus, je dis tout bas à Duflos : « Nous allons les faire prisonniers…. » et nous retournâmes le plus vite possible aux chevaux que nous enfourchâmes. Nous descendîmes la pente au petit galop pour les prendre à revers et les chasser vers nos lignes… ils ne pouvaient se sauver, car le chemin était encaissé jusqu’à la ferme du Haillon mais les trois cavaliers entendirent sûrement nos chevaux galopant sur leur droite et ils firent demi- tour, reprenant vivement le chemin par où ils étaient venus. Bientôt ils nous virent et accélérèrent et nous arrivâmes au chemin à trois mètres derrière eux…. C’était donc bien des allemands… Nous avions sorti le sabre et nous hurlâmes : « Chargez !.... Chargez !... » (...)
Très rare croquis provenant des archives du 72e RI, ce dessin tracé à la main indique le dispositif mis en place par la 3e DI à l'est de Sommethonne . On y trouve à la fois les emplacements des bataillons du 72e RI à la Ferme du Hayon et les éléments avancés du 51e RI à l'ouest de Houdrigny .
Les éléments du 1er bataillon occuperont le secteur entre la ferme du Hayon et Villers la Loue (voir carte ci dessus). En soutien du 17e Régiment d'Artillerie et du 29e Régiment d'artillerie.
A suivre...
(...) Pendant une minute je crus bien que nous allions les avoir…. ils étaient gênés par leurs lances… penchés sur l’encolure et serraient les jambes. Nous recevions des cailloux en pleine figure, …. Leurs chevaux étaient bien meilleurs que les nôtres. J’entendais souffler le cheval de Duflos qui donnait ce qu’il pouvait. Nous perdions sensiblement du terrain au bout de 500 mètres et je criai rageur : « halte ! ». Le bleu voulut tirer avec sa carabine mais je lui défendis… ce n’était pas la peine de donner l’éveil … le commandant m’avait seulement dit d’ « observer et de rendre compte ». Nous revînmes à notre bois et je rédigeai un petit papier que le bleu alla porter au commandant « Et s’il s’interroge lui dis-je, dis que tu tenais les chevaux et que tu n’as rien vu ! » Le bleu revînt en me disant de rentrer parce que le régiment quittait « le Haillon » à neuf heures. On trouva en revenant des coloniaux déguenillés et sans armes qui se disaient être les « survivants » de leur division qui venait d’être anéantie à Florenville. Le commandant les remit entre les mains des gendarmes, ainsi que deux cavaliers allemands faits prisonniers par des fantassins, plus malins que nous, qui avaient commencé par tuer les chevaux… ce que j’aurais dû faire… mais je n’y ai pas pensé… j’étais trop cavalier… il me fallait apprendre la mentalité du fantassin ! En attendant, je dis au commandant que je n’avais toujours pas de cartouches de revolver et il m’en fit donner : six pour garnir mon barillet. "