AccueilCaserne Foy à Péronne lieu de casernement du 120e RI et 16e RIT
Dans sa correspondance du 17 juillet 1915 (au soir) le Capitaine Quentin Bauchart décrit l'offensive : " Les allemands ont lancé une attaque extrêmement violente après 4 jours intensif de bombardement et dont l'effort principal s'est porté sur mon bataillon (le 5e). Celui ci heureusement a magnifiquement tenu, perdant un assaillant indéfendable de petite dimension et en reprenant ensuite une partie (...) en fin de journée après les terribles combats, j'avais deux bataillons à faire manoeuvrer près de 1500 hommes; et tout cela sans sortir de mon gourbi. Et ma pauvre 19e Cie c'est sur elle que tout a porté ( Compagnie de Abel et Paul Baillon ), quand je la reprendrai je n'aurais plus qu'un chef de section, qu'un quart des sous officiers et un peu moins de la moitié de mes hommes. Quentin Bauchart termine sa lettre: " la soirée est calme, je viens de voir défiler à mon gourbi des prisonniers tout de gris vert habillés, coiffés du béret rond; je vais essayer de dormir un peu... ." Extrait de Lettres de Pierre Quentin Bauchart Aout 1914 Octobre 1916 (1918) .
Abel Baillon s'engage comme volontaire pour 3ans à la mairie de Péronne le 2 novembre 1896 incorporé au 120e RI. Il passe dans la disponibilité le 18 septembre 1897 puis nommé caporal de réserve la même date. Le 1er octobre 1909 il passe dans l'armée territoriale, 16e Rit puis 14e Rit.
Marie Charles Georges Abel Baillon est né le 3 novembre 1876 à Piennes (80). Après avoir été élève à l'école normale d'Amiens en 1896, il éxerce la profession d'instituteur adjoint à Gamaches (80) Marcelcave (80), Moreuil (80) Chaulnes (80) puis Abbeville (80). Paul Baillon, son frère , éxerce également la profession d'instituteur tout comme leur père instituteur honoraire à Moreuil (80). En 1904 , Abel ( prénom le plus souvent cité ) Baillon fut appellé à diriger l'école de Fransart (80), en 1907 celle de Flers (80) puis en 1914 il prend la direction de l'école de Candas (80). Selon les informations de son dossier pédagogique Abel Baillon est décrit comme un maître intelligent, actif, dévoué à ses élèves et très soucieux de leur progrès.
Abel Baillon est mobilisé le 1er août 1914, arrive au corps le 4 août 1914. Il incorpore le 272e RI avec le grade de caporal le 8 mars 1915 . A cette période le 272e RI se bat dans le secteur du bois de la Gruerie en Argonne. Il participera aux combats en Argonne de mars à fin mai 1915. Début juin 1915, le 272e RI se déplace dans les Hauts de Meuse et occupe les tranchées dans le secteur de la tranchée de Calonne.
En juillet 1915, le 272e RI occupe les tranchées situées au Bois des Eparges (voir carte ci dessous). 16 juillet 1915 , emplacement des bataillons et compagnies - sur la droite, le 5e bataillon ayant en première ligne les 17e 18e et 19e Cie ( Capitaine Quentin Bauchart et caporal Abel Baillon ) - en seconde ligne la 20e Cie - sur la gauche le 6e bataillon ayant en première ligne les 24e 23e et 21e Cie - en seconde ligne la 22e Cie - en réserve le 4e bataillon ayant deux Cies les 13e et 16e près du PC du Général de Brigade.
17 juillet 1915 , bombardement très intense sur tout la ligne du front occupé par le 272e RI durant la nuit du 16 au 17 juillet. A 3h du matin se déclanche une attaque allemande sur tout le front du 5e Bataillon, particulièrement intense sur la position dites " le Chapeau " (voir carte ci contre). La 19e Cie sous la pression de l'attaque doit quitter cet ouvrage. Vers 9h et 11h du matin, deux contre attaques ne réussissent pas à repousser l'ennemi des positions conquises. 14h30, la 19e Cie se lance à nouveau dans une contre attaque renforcée par des éléments des 13e et 15e Cie, elle réussit à repousser les allemands de quelques mètres (...). Les hommes s'accrochent au terrain reconquis mais les pertes sont très importantes. On relève sur le terrain: 62 tués - 120 blessés et 51 disparus.
Très belle photo prise dans une école dans laquelle Abel Baillon a éxercé comme instituteur.
C'est au cours de l'attaque du 17 juillet 1915 qu'Abel Baillon sera tué , selon le témoignage des camarades de son régiment, il est tué d'une grenade dont les éclats l'atteignirent à la tête et au dos. Son frère Paul, incorporé dans la même compagnie que Abel mais au grade de sergent, sera tué le même jour à quelques mètres de son frère . Selon un témoignage: " le sergent Baillon a été tué d'une balle dans la tête au moment où, à moitié debout sur le parapet et tirant lui même, il encourageait ses hommes au combat. "
Au cours de son séjour à la tranchée de Calonne, Abel Baillon écrivait régulièrement à son père : " Quelle rude vie nous menons, en ce moment nous venons de passer 12 jours dans des tranchées établis dans une fôret, à 80 mètres des tranchées allemandes. Les attaques étaient fréquentes et très violentes, de gros obus tombaient à quelques mètres de nous soulevant des gerbes de terre de 20 à 25 mètres de haut. Schrapnells et balles pleuvaient sur toutes nos lignes d'une façon continuelle. On sort et on mange quand on peut, et on finit par combattre en fumant sa pipe. "
Abel Baillon instituteur dans la Somme
Paul Baillon instituteur dans la Somme
Abel et Paul Baillon furent inhumés tous les deux dans une même fosse regroupant les tués du 17 juillet 1915. Un document précise qu'ils sont inhumés au cimetière de l'ouvrage à Mouilly (55) rang 6 fosse 13 2e couche superficielle.
Source des informations : AD d'Amiens, correspondances soldats 272e RI, archives de l'enseignement primaire public de la Somme, archives famille PQBauchart.
Le 272e RI en Juillet 1915