Septembre 1914 Accueil Octobre 1914 Septembre 1914 (3)" Le jour se levait. L'air était frais. La pluie venait de cesser. Les capotes humides étaient lourdes. Je n'avais plus sommeil. Notre lieutenant s'en alla vers le capitaine, ou le chef de bataillon, je ne sais plus et, revenu, nous dit "Vous allez vous battre. Il y a assez longtemps que vous en avez envie". Les premières marmites arrivèrent en sifflant. Elles tombaient à quelques centaines de mètres de nous, dégageant de grosses fumées noires. Une vache fut tuée, et un homme qui se trouvait près d'elle. Puis, nous reprîmes la marche en avant, franchissant la route et montant le versant opposé à celui par où nous étions venus. Nous dépassâmes une ligne de tranchées qu'occupait un autre régiment, le 100ème je crois. Nous avions ce jour-là, sous un feu extrêmement violent de grosse artillerie et de mitrailleuses, progressé de quelques kilomètres, trois ou quatre sans doute, depuis dix heures du matin, jusqu'à six heures du soir. Nos pertes furent très fortes; elles montèrent pour ma compagnie, qui ne fut pas la plus éprouvée, à plus du tiers de l'effectif. Je ne sais si ma mémoire me trompe, mais il ne me semble pas que le temps m'ait paru très long. Les balles des mitrailleuses bruissaient à travers les branches comme des essaims de guêpes. Les lourdes détonations des obus ébranlaient l'air, suivies par le chant que font les éclats en retombant après l'explosion. La fusée du shrapnell, en particulier vibre doucement en tournoyant dans l'air et ne se tait, brusquement, qu'à la fin de sa chute. Combien en ai-je entendu ce jour-là, de ces funèbres mélodies! Je rentrais la tête dans les épaules et j'attendais que vînt le silence, et peut-être avec lui le coup meurtrier. Je me souviens avoir remarqué pour la première fois que les fumées des obus fusants ont une couleur ocre, à la différence de celles des percutants, qui sont très noires. Mon voisin, un caporal, fut touché au bras et au genou. L'autre sergent de la section et moi-même nous nous mîmes en devoir de le panser, mais nous fûmes nous-mêmes atteints, mon collègue assez sérieusement à la cuisse, moi très légèrement au bras droit. La balle, après être entrée dans la manche, eut le bon goût d'en ressortir tout de suite et ne fit que me brûler la peau. Comme la douleur fut très vive, je me crus d'abord sérieusement blessé. Mais je me rendis compte, bien vite, que ce n'était rien. Vers ce moment-là il y eut dans notre section une sorte de panique, causée, autant qu'il m'en souvient, par les chevaux des mitrailleuses. On avait mené assez sottement les pièces jusque-là et on chercha à les mettre en batterie, ce qui, sous une pareille mitraille, n'était guère possible. Les bêtes s'affolèrent et jetèrent le trouble parmi nous. Je me vois encore courant, debout, devant deux chevaux que je cherchais à éviter et qui, je ne sais pourquoi, apparaissent dans ma mémoire comme prodigieusement grands ." Témoignage extrait des carnets mémoire de Marc Bloch au 272e RI.
Pertes du 272eme RI 2 officiers tués capitaine Wirth (mort de ses blessures à l'ambulance 6/17 de Somsois) Lt Lery 5 officiers blessés Lt colonel Brumm - commandant Delloye - capitaines Joulaud , Deconynck - Lt Ducrocq 11 sous officiers tués adjudant Vaillant - sergent major Lejeune - sergents Péro , Reydellet , Levasseur , Leroy , Pannier , Rigaud , Chardon , Vaillant et Simonny . 36 sous officiers blessés 539 caporaux et soldats tués blessés ou disparus. Nombreux soldats blessés du 272ème RI furent soignés à l'ambulance N°6 du 17e Corps d'Armée installée à Somsois
10 Septembre 1914 , dès 4 heures le régiment reçoit l’ordre de se porter sur la ferme des Petites Perthes . Il se forme en colonnes doubles, les Bataillons à 500 m d’intervalle face au Nord. A 9 h 30, l’ordre est donné de se porter sur la Cense du Puits par les pentes Est des crêtes 148, 174 et la ferme du Cul de Sac . Le Régiment progresse dans sa formation de rassemblement, les Compagnies en ligne de ½ section par 2, à intervalle de 40 pas. Malgré des rafales d’Artillerie Lourde et d’Artillerie de Campagne, il atteint les pentes Nord de la croupe, 1 km Nord de 174, et s’y maintient énergiquement. Le bilan des pertes indique le degré de ténacité du régiment : Le Colonel est blessé par un éclat d’obus à la tête. Tués : Sous-Lieutenant de réserve Burgan , et 40 hommes de troupes Blessés : Colonel Vernet , Capitaine Rocher , Lieutenant de Boisseson , Lieutenant de réserve Vaujour , Sous-Lieutenant Pendrié , Sous-Lieutenant de réserve Layssol , et 303 hommes de troupe. Prisonniers et Disparus : 83 hommes de troupe. Le Régiment passe la nuit du 10 au 11 sur ses positions. Le Lieutenant-Colonel Nérel prend le Commandement du Régiment à 16 h 30 sur le champ de bataille. Extrait de l'historique du 100e RI (merci à P.Michel pour les informations)
Lettre du soldat Louis Bénard (272e RI) datée du 8 et 9 septembre 1914
Soldat Georges Guilbert tué le 10 septembre 1914 à Petite Perthes. Son frère Adrien Guilbert du 72e RI a été tué le 30 septembre 1914 au Four de Paris.
Dans la lettre datée du 13 septembre 1914 à Petites Perthes, Louis Bénard raconte en partie la journée des combats livrés par son régiment à la ferme Petites Perthes " Nous avons assisté à un combat très meurtrier sur 240 hommes 105 sont restés sur le terrain. 2000 obus en 12h, nous poursuivons les boches et avons fait 45kms. Lery a été touché ainsi que le caporal Daumard ".
Dans cette lettre, Louis Bénard fait référence à la blessure grave du Lt Lery (voir au dessus) qui entrainera sa mort. Il fait référence également au caporal Baumard qui figure dans la liste des blessés (voir encadré ci dessus) liste des blessés des combats de Petite Perthes.
Contre rendu des opérations : le 272eme RI se déplace légèrement vers l'est pour marcher dans les traces du 100eme RI qui a disparu derrière les crêtes. L'artillerie ennemie commence à regler ses tirs, le 272 continue sa progression en avant en ouvrant les intervalles et prenant les dispositions les plus avantageuses pour franchir les crêtes battues par le feu violent de l'artillerie lourde. Le régiment subit peu de perte et les Cies de tête, après avoir franchi les deux premières crêtes, parviennent à la troisième où elles trouvent installées dans les tranchées des troupes de seconde ligne du 100eme RI. Après quelques moments d'arrêt, les troupes font un bon en avant vers le chemin à mi trait situé à 1400 mètres de la voie ferrée de Vitry à Paris. En avant de cette ligne de feu pas d'infanterie ennemie mais seulement des mitrailleuses complètement retranchées dans des tranchées à environ 1000 mètres. Vers la fin de journée (16h30) une partie de ces mitrailleuses est arrêté par l'aile droite du 272eme RI ( Cies Bresson et Wirth ). 18h30, l'artillerie ennemie cesse de tirer et pendant la nuit les tirs de mitrailleuses sont sporadiques.
Le 10 septembre 1914 à 6h30 du matin, le 272eme RI reçoit l'ordre de la 48eme Brigade de se porter à la hauteur du 100eme RI rassemblé à la hauteur de la ferme des Petites Perthes ( voir carte ). Le 272eme RI est suivi par le 91eme RI, une Cie du 328eme RI capitaine Marillier. A 7h30, installation des troupes présentes face au nord. 9h40 reçu de l'ordre des opérations: " en première ligne le 100eme RI avec pour objectif croupe au nord-est de la cense du puits, le mouvement du 100eme RI sera appuyé par le bataillon du 91eme RI, les 272 et 328eme RI".
Le 272ème RI dans les combats de la Ferme des Petites Perthes. 10 septembre 1914.
Septembre 1914 (2)