AccueilSoldat Henry Legrand 8e Cie au 72e RI
Témoigne sur les circonstances du décés d'Emile Vitry 8e Cie au 72e RI
Emile Vitry est né le 14 octobre 1892 à Paris. De la classe 1912, il rejoint début août 1914 le 72e RI d'Amiens (80). Incorporé dans la 8e Cie du 2e bataillon, Emile Vitry participe avec son régiment aux premiers contacts avec l'ennemi à Virton en Belgique, puis le repli vers la Marne début septembre 1914. Dès le 6 septembre 1914 , le 72e RI est alors engagé dans les combats de Maurupt le Montois, Le Buisson sur Saulx, Ertrepy, Pargny sur Saulx et Bignicourt sur Saulx. C'est au cours des combats du 7 septembre 1914 à Pargny sur Saulx qu'Emile Vitry de la 15e escouade (Caporal Fargues ) sera tué.
Henry Legrand caporal en septembre 1914, consignera ses souvenirs de guerre sur papiers dés l'automne 1914 à l'hôpital de Vichy , un témoignage remarquablement illustré par de nombreux détails d'une grande précision, qui servira à l'écriture du livre " Les combats de Maurupt et Pargny sur Saulx " écrit par le Général Toulorge en 1925. Il détaille jour après jour, les mouvements du régiment (le 72e RI) et les jours de combats non sans oublier de citer, à de nombreuses reprises, les camarades de sa compagnie.
La caporal Henry Legrand également de la 8e Cie, témoin des combats de Pargny sur Saulx, raconte l'engagement de sa compagnie dans les combats: " Dès le point du jour, un avion allemand survole tranquillement nos positions (Henry Legrand se trouve toujours à l'argilière de Maurupt le Montois au sud de Pargny). Aussi le bombardement ne tarde pas à reprendre, lent et implacable, reglé comme une machine. Il durera toute la journée. Les obus tombent au hasard, d'autres obus du même calibre, destinés à notre artillerie, tombent en arrière; une dizaine d'obus de 150 éclatent ainsi près de nous, pour deux j'entendis nettement le déplacement d'air produit par le passage de l'engin avant sa chute. L'explosion nous couvrait de terre et d'une épaisse fumée noire qui se précipitait en suie, tandis que des éclats projetés à une grand hauteur retombaient brûlants dans un bourdonnement crescendo terminé par un léger choc. Tout cela se passe dans une angoisse indéfinissable, un véritable frisson de la mort, bien connu et mieux discipliné dans la suite. mais à ce moment là, à tous les sifflements d'obus, les membres de chacun se raidissaient, les mains et les yeux se fermaient, la tête rentrait dans le sol instinctivement comme l'autruche (...) Quelques blessés à la section Bouché : soldat Delandres blessé au genou par un gros éclat ." Il poursuit son récit : " Vers 18h un ordre arrive, on attaque Pargny ! l'impression est vive mais la curiosité l'emporte, les hommes mettent gaiement sac au dos; on va donc se mesurer avec l'ennemi et faire ample connaissance avec les balles; on a de quoi y répondre." Les escouades de la 8e Cie avancent dans Pargny sur Saulx en bordure de la ligne de chemin de fer. Ils couvrent une ligne de défense allant du passage à niveau de Pargny jusqu'à l'est de la Villa Simmonet ( voir carte ci dessus points 9.10.11 et 12 ). Henry Legrand continue son témoignage : " Des premiers coups de feu isolés s'entendent en avant de nous et à gauche, nous ne voyons pas l'ennemi mais nous le sentons proche. Nous approchons près d'une haie à la Villa Simmonet, l'ennemi était là, dans la haie, le soldat Corradini tue d'un coup de fusil un allemand qui remuait, son casque portait comme insigne un lion entouré de feuillage et le chiffre 116. Nous reçumes l'ordre de traverser la ligne de chemin de fer coûte que coûte !. je rejoins mon chef de section et nous arrivons non sans peur de l'autre côté sur la route qui rentre dans Pargny.
Plan dessiné par le soldat Henri Legrand chef de la 14e escouade, 4e section, 8e Cie, 2e Bataillon au 72e RI. Les numéros correspondent aux différentes positions occupées par son bataillon. Les chiffres 13, 14, 15 et 16 indiquent la position des pelotons allemands le 7 septembre dans la journée. Les chiffres 9, 10, 11 et 12 indiquent la position de la 8e Cie le 7 septembre 1914 .
La 8e Cie traverse la ligne de chemin de fer depuis la rue située sur la droite de la photo vers Pargny sur Saulx. le contact avec les allemands se fera près des maisons situées sur la gauche de la photo. La villa Simmonet se situe dans les arbres sur la droite de la photo.
Emile Vitry n'a pas pu rejoindre le poste de secours, il meurt de ses blessures à Pargny sur Saulx en fin de journée du 7 septembre 1914 . Au cours des combats du 6 au 8 septembre à Pargny sur Saulx, la 8e Cie du 72e RI a perdu 240 hommes dont le Capitaine Maurice Mordant commandant de la compagnie.
Merci à Benjamin D. pour les mémoires d'H.Legrand. Photos Laurent Soyer.
Emile Vitry semblait beaucoup souffrir; nous nous relayons pour le transporter et nous le déposons contre le mur de la villa Simmonet , pas un brancardier en vue, je conseille alors à Emile Vitry et à quelques autres de ramper comme ils peuvent. Personne de nous ne pouvait se détacher pour les conduire, les blessés sont en général trop gravement atteints pour pouvoir le faire.
La Villa Simmonet à Pargny sur Saulx lieu de repli de la 8e Cie
Henry Legrand continue son témoignage: " Avant de pénétrer dans Pargny, nous nous assurons que les maisons isolées ne sont pas occupées. Des cadavres allemands trainent dans la rue, victimes probablement des derniers bombardements. Nous allons pénétrer dans Pargny en colonne par un le long des maisons sur la gauche. Le Lt Regnault emmène sa section et la moitié de la section Denis. Tout à coup des commandements allemands se font entendre dans une maison à trente mètres à peine ( position 14 sur la carte, les maisons situées à l'extrême gauche de la photo ), et des coups de feu sont tirés sur nous. Emile Vitry de la 15e escouade qui était avec nous tombe la cuisse traversée par une balle. Nous ripostons instantannément sur les fenêtres ouvertes de la maison en question et les allemands cessent leur tir. Le feu est intense, impossible de progresser et même de rester sur place. La petite retraite eut lieu sous une pluie de balles, le S/Lt Regnault fut atteint à la cuisse l'un des premiers. Il ne parla à personne de sa blessure; s'aidant de son sabre comme canne il dirigeait avec le plus grand calme l'évacuation des blessés de sa section à travers la voie ferrée.