Accueil Février 1915 page 1 page 2 page 2Carte du secteur des attaques sur Maizeray en avril 1915
Depuis le 4 avril 1915 , le 72e RI occupe des positions à l'est de Riaville et Phinteville , le 5 avril le 1er bataillon est placé dans la tranchée de première ligne, les 2e et 3e bataillons dans Riaville. Camille Tabouret témoignage de ces jours sanglants de son régiment: " Nous sommes le secteur des Hauts de Meuse, dans les tranchées l'eau monte jusqu'au genoux. Le terrain est tellement bombardé qu'il n'y a plus de parapets. Des gabions remplis de terre les remplacent. 7 avril 1915 , lors d'une attaque de notre part, un brancardier musicien est tué (5) . Notre artillerie attaque, les allemands répondent. Nous recensons beaucoup de blessés que nous transportons en passant par dessus 5 ou 6 morts qui sont entassés. Les bombardements sont très violents, des obus tombent sur notre poste de secours dont les murs s'écroulent, nous sommes plein de poudre et croyons bien être ensevelis dans notre cave (6) . 9 avril 1915 , nous décidons d'attaquer mais les charges à la baionnette ne donnent aucun résultat. Tous se font tuer ou presque et de nombreux blessés meurent entre les lignes avant nos secours. Les boyaux étaient remplis d'eau et de boue, nous sommes contraint à notre péril de passer au dessus des tranchées...incroyable les allemands ne tirent pas sur nous !. " (5) le soldat musicien brancardier Graujean 72e RI. (6) les postes de secours sont installés à la ferme d'Aulnois à Fresnes en Woevre et à Riaville dans les caves.
22 février 1915 , d'après le communiqué officiel, on signale sur le front de Souain à Beauséjour, qu'une ligne de tranchées a été prise ainsi que de deux bois tenu par l'ennemi. Quant au 72e RI, il relève des éléments du 8e RI qui sont en première ligne. le secteur attribué au régiment est compris entre les bois jumeaux exclus à l'ouest et au point situé environ à 200 mètres à l'est du " Bois accent circonflexe " la liaison est établit avec le 128e RI à l'ouest et le 51e RI à l'est. Le 3e bataillon est placé en seconde ligne aux tranchées du calvaire où se situe le poste de commandement du colonel. Dès son arrivé, le 1er bataillon reste à Mesnil Les Hurlus, l'attaque est décidée pour 15h par vagues succéssives et à comme objectif le " Bois Jaune Brulé " (voir carte). En éxécution à l'ordre reçu, le 2e bataillon devra sortir des tranchées à 15h à l'instant même où l'artillerie allongera son tir, le bataillon devra sauter dans les tranchées allemandes et s'y installer. Le 3e bataillon suivra de près et poussera le plus vigoureusement possible en avant afin de conquérir le plus de terrain possible. Le 1er bataillon qui est à la disposition du Général de brigade doit serrer sur le calvaire et suivre le 3e bataillon, le colonel marchera avec le 3e bataillon. La première tranchée allemande se situe à la lisière du "Bois Jaune Brulé" à une distance d'environ 600 mètres du point de départ de l'offensive.
A 15h l'attaque a lieu , le 2e bataillon sauf une partie de la 8e Cie que l'ordre n'a pas touché à temps, sort de ses tranchées mais bientôt pris en enfilade par les mitrailleuses ennemies installées dans le " Bois Jaune Brulé " (flanquement en L). Les différentes compagnies sont arretées après s'être avancées sur des distances variables. La 7e Cie sur la droite a gagné près de 300 mètres, la 6e Cie au " Bois Bistre " une trentaine de mètres, la 5e Cie près de 100 mètres et 2 sections de la 8e Cie à gauche sous les ordres du Lt Regnault ont pu progresser de 150 mètres environ. Après s'être maintenu jusque 16h30, ces Cies sauf la 7e et quelques fractions des 5e et 6e Cie restent jusqu'à minuit et se replient. les pertes pour le bataillon sont sensibles, le Capitaine de Changy est tué, les Capitaines Daniault et Brenet sont blessés ainsi que les Lt et S/Lt Ramade , Roimarnier , De Saxée , Faussillon , Dautel et Regnault .
Camille Tabouret poursuit son récit, 23 février 1915 : " Mianet (1) mon camarade brancardier est tué d'un éclat d'obus au cours d'un ramassage de cadavres la nuit. Deux autres brancardiers du 2e bataillon sont tués eux aussi dont Loppinet (2) un ancien musicien avec moi en temps de paix. A 15h, la neige tombe et une nouvelle attaque aussi terrible que celle de la veille se déclenche. Une grosse quantité de blessés sont alignés dehors en attendant d'être pansés. Ils ne seront évacués qu'à la nuit par les brancardiers divisionnaires. J'ai transporté l'adjudant chef Boulanger (3) qui a une cuisse cassée et un poignet sectionné, il meurt peu de temps après (...). (1) Robert Charles Mianney était dans la 4e Cie au 1er bataillon (2) Gaston Loppinet était dans la 6e Cie du 2e bataillon (3) l'Adjudant chef Henri Joseph Boulanger est décédé de ses blessures le 4 mars 1915 à l'ambulance n°2 de St Jean sur Tourbe . 25 février 1915: Bien que la nuit soit plutôt calme, il est impossible de se reposer tant le froid est intense. Nous sommes couchés sur la terre humide. Notre bataillon passe la nuit dans un boyau en réserve, les hommes n'ont que leur toile de tente au dessus de leut tête. La neige tombe, les toiles craquent par la gelée, le spectacle est affreux.
Le 27 février 1915 , le 72e RI est relevé par les éléments du 87e RI, le régiment part en repos vers l'arrière puis se retrouve à St Mard sur Auve mi mars 1915. Camille Tabouret écri t: 18 mars 1915 , nous quittons St Mard sur Auve et passons à Herpont puis Varimont st Somme Yèvre. Très dure étape, grosse fatigue et maux de pied. 19 mars 1915 : Prises d'armes pour éxécution capitale. Tout le régiment est réuni en dehors de Somme Yèvre. Un camion arrive, le condamné ( soldat Joseph R. ) (4) en descend accompagné de l'aumonier et de gendarmes. Après la lecture de la sentence, on lui bande les yeux et on le ligote au poteau. Il a prononcé quelques mots sur cette horrible guerre avant que le peloton d'éxécution ne fasse feu. Le régiment a défilé en musique devant le corps. Nous ne serons jamais pour quel motif, il a été éxécuté. (4) plus d'informations sur cette exécution >>> 19 mars 1915 23 mars 1915 : Un fait exceptionnel se produit, je touche une capote bleu horizon ...
Camille Tabouret est né en 1890 dans l'Oise, de la classe 1910 il porte le matricule 347 comme soldat au 72e RI. Durant 4 ans de guerre il consigna dans ses carnets de précieuses notes sur sa fonction principale: brancardier dans la 2e compagnie du 1er bataillon au 72e RI.
page 3 Le 72e RI dans les combats en Champagne >>>>
Voici un extrait de ses notes, l'épisode se déroule au cours des combats en Champagne à Mesnils les Hurlus . Camille Tabouret décrit avec force et précision toute l'horreur de son quotidien de brancardier. Mesnils les Hurlus 22 février 1915 : " la nuit est très froide, il gèle. Rassemblement du bataillon à 2h du matin. Nous restons à geler sur place jusqu'à 4h du matin. Nous partons en prenant un boyau de 4 kms de long pour nous rendre à Mesnils les hurlus. On nous annonce une forte attaque pour 15h avec une charge à la baionnette. Vers 14h, notre artillerie déclenche un bombardement formidable, il y a un roulement continuel, comme jamais nous en avons entedu, c'est effrayant !. Le service médicale devant monter en occupant la queue de colonne, tout le régiment passe devant nous. Bien des camarades, prévoyant ce qui va se passer, nous disent: "venez nous chercher vite". Ils se donnent des poignets de main, faisant leurs adieux, y compris les officiers. C'est très touchant à voir !. Une relève a lieu peu de temps avant l'attaque. Des troupes descendent par le même boyau que les notres montent. Affolés par le roulement d'artillerie, une inévitable panique survient. Une des compagnie montante, complètement désorganisée, fait alors demi tour. Les officiers frappent les hommes à coup de pied et sortent leur revolver pour tous ceux qui hésitent à avancer. Les obus tombent de partout. Les positions étant désormais occupées, l'attaque est déclenchée... il y a tant de blessés que nous sommes encombrés, nous transportons toute la nuit...".