Caserne Guichen à Morlaix. Lieu de casernement des soldats du 72e RI partis en renfort vers le front de octobre 1914 à novembre 1918.
Le carnet de guerre de Gaston Canivet 72e RI
Il est 17h00 , on éteint les lampes, le train ralentit, nous arrivons en gare de Sainte Ménéhoulde à 22h00 .Tout est calme, personne ne dit mot, on entend le canon gronder. A la gare régulatrice, tout le monde descend. On nous emmène dormir dans un hangar à moutons à la caserne des cuirassiers. Personne ne dort, on est gelés. Le 23 novembre , réveil à 6 h00 du matin. Rassemblement, pas de café, départ de la caserne par section de 40 hommes. Nous nous dirigeons vers MOIREMONT . Nous croisons des convois de ravitaillement, des chasseurs à cheval. Les aéros nous survolent. On se couche, on repart et nous arrivons à MOIREMONT . Le village est rempli de troupes, on entend le canon qui fait rage. On nous loge dans un grenier. Le soir, je sort avec mon camarade Henri Candelier (2) , nous rencontrons le 128 ème d’infanterie qui descend des lignes. Soudain, une voix m’appelle, je me tourne, je regarde. A ma grande surprise, c’est Paul Trinel (3) !!! On s’embrasse, on est heureux de se revoir. Il descend des lignes de la HARAZEE. Il nous donne quelques détails sur son séjour dans les tranchées. C’était la première fois pour lui-aussi. Plusieurs officiers avaient été tues et pas mal d’hommes.
(1) un premier contingent de renforts composé de 458 jeunes recrues de la classe 1914 sous le commandemant du Lieutenant De Plinval arrive au 72e RI le 13 novembre 1914. La seconde vague de renforts dans laquelle se trouve Gaston Canivet arrive quant à elle le 22 novembre 1914. Avant de rejoindre les bataillons du régiment, les renforts logeront pour la pluspart à la Ferme de Naviaux située 2kms au sud de Vienne la Ville.
Gaston Désiré CANIVET est né le 15 février 1894 à Oisy Le Verger (arrondissement d'ARRAS). Fils de CANIVET Francois Joseph et de GOGUILLON Marie Eugénie, il épouse le 19 mai 1919 LAGARDE Eugénie née le 19 octobre 1895 à Saint Aquilin (arrondissement de Ribérac en Dordogne). De son mariage, sont nés deux enfants, Roger et Arlette Canivet. De la classe 1914, Gaston Canivet fut appellé par ordre de mobilisation le 1er septembre 1914 ...
La ferme Naviaux , lieu de stationnement des renforts du 72e RI en novembre 1914
Parcours effectué par les renforts du 72e RI depuis Moiremont jusqu'à la ferme Naviaux.
Caserne des cuirassiers à Ste Menehould, lieu de stationnement des renforts du 72e RI en novembre 1914.
Gaston Canivet a consigné dans un carnet un précieux témoignage de ce conflit, des souvenirs les plus forts lorsque le 72e RI se bat en Argonne à la mort des premiers copains de sa compagnie, il nous décrit sans haine sa vie au front. Malgré toutes les épreuves de cette guerre, Gaston Canivet a survecu aux combats à la souffrance et la solitude des siens. Après la guerre il travaille comme agent d'assurance à la compagnie "Le Phénix" et s'implique fortement dans la vie associative de son village à Oisy le Verger (62). Gaston Canivet décède à l'âge de 64 ans le 20 janvier 1958 . (Merci à Mr B. Cuvellier pour la communication de ce carnet)
(2) Henri Candelier 72e RI est blessé au cours d'un combat en avril 1915, il décède de ses blessures le 25 avril 1915 à Verdun. (3) Paul Trinel est du 128e RI, blessé au cours d'un combat il décède de ses blessures le 4 août 1915 à l'hopital temporaire de Landrecourt.
Le 24 novembre , nous nous levons à 7 h00 .Nous préparons le café, nous touchons de la viande fraiche, on prépare des steaks et mettons la soupe au feu. Soudain, alerte, il faut partir, on culbute la marmite et partons nous rassembler. Nous sommes affectés par compagnies et aussitôt dirigés vers une ferme ou se trouve le reste de notre compagnie.3 kilomètres à parcourir. A 20h00 , on nous loge dans un grenier, sur le foin et on nous donne le jus. Le 25 novembre, réveil à 7 h00 , rassemblement, affectation par escouade. Henri et moi sommes affectés à la 14 ème de la 11 ème compagnie. Nous sommes heureux d’être ensemble. Puis, j’aperçois mon ancien lieutenant d’instruction « VICAINE ». Je suis heureux d’être avec lui, la journée se passe tranquille.
Le 26 novembre 1914, réveil à 7h00 , revue d’armes par le commandant de compagnie. Beaucoup dans la compagnie sont évacués à cause des pieds gelés. Le soir il faut monter aux tranchées. Départ 17h00 en colonne par un. Nous suivons la ligne de chemin de fer qui relie Sainte-Ménéhoulde à Vienne la ville puis nous prenons la direction de Vienne le village . Quelques obus sont tirés dans notre direction, nous nous pressons vers le bois de l’Argonne. On reçoit le baptême du feu. Les boches nous ont aperçus, ils tirent à fusant. Pas de blessés. Notre sergent de section a sa capote transpercée . Nous arrivons en ligne. Nous bénéficions d’un soutient d’artillerie. Nous y restons jusqu’au 28 novembre. Tout se passe très bien. Le soir, nous sommes relevés par le 128ème d’infanterie. Nous retournons au repos à la ferme. Le 29 , repos toute la journée. On en profite pour laver notre linge. Le 30 novembre , le canon fait rage, il y a des combats d’aéros, il y a surement une attaque.
" A 20 ans , Je fus appelé par ordre de mobilisation le 1er septembre 1914 et dirigé sur la gare de Saint Pol (62) afin de me rendre au bureau de recrutement de Falaise le 4 septembre 1914 . Le 6 ,je partis pour le 72ème régiment d’infanterie à Falaise (Finistère) où nous arrivâmes le 8 à 9 heures du matin. Le 9 , je reçu mon équipement et l’instruction débuta. Nous fumes envoyés au cantonnement à Ploujean (Finistère) le 20 septembre 1914 . Un départ d’un premier renfort de 600 hommes revenus à Morlaix eut lieu le 10 octobre 1914 de la caserne Guichen . Le 12 , ce fut le départ d’un second renfort après une instruction rapide et la réalisation des vaccinations. Le 10 novembre 1914 , départ du premier renfort de la classe 14. Musique en tête ,600 hommes partent . Le 20 novembre, préparation pour le second renfort de 400 hommes ,cette fois c’est mon tour (1) . Réveil à 5 heures du matin, départ à 11 heures après avoir écouté le discours du commandant Robert .Les clairons sonnent au chant puis le détachement s’ébranle dans les rues de Morlaix . Nous partons vers la gare en entonnant la Marseillaise. Les femmes et les enfants pleurent à notre arrivée à la gare. 11 heures 30 , on s’embrasse et enfin nous embarquons en silence. Notre train est garni de fleurs. A 12h15 , heure du départ, le train siffle et nous voilà partis, adieu Morlaix !!!!!de bons souvenirs reviennent en passant sur le viaduc .Une salve de fusil Lebel nous adresse un dernier adieu et le convoi s’ébranle vers la frontière. 1er arrêt en gare de Saint Brieuc , la gare est noire de monde. On nous offre du café, beaucoup de mes amis achètent des cartes postales et les expédient . Je reste un peu à l’écart car je me sens seul au monde .Les larmes me montent aux yeux en pensant beau coup à mon pauvre père, à mes sœurs et nièces que j’ai laissés au pays avec les maudits Allemands. Vers 22 h , nous partons vers Troyes ou nous arrivons à 4 h du matin le 21 novembre . 10 minutes en gare puis on nous fait changer de gare. C’est le jour du marché, les femmes nous apportent des fleurs. Tout le monde en a à son fusil. D’autres nous donnent des cigarettes ou des gâteaux. A notre arrivée à la gare de l’est de Troyes, une foule énorme nous attend. Des femmes nous donnent des passe-montagne , des cache nez. Nous embarquons à nouveau à 16 h du soir et partons à 18 h . Personne ne connait la destination. A 2h du matin nous arrivons en gare de K...(mot illisible) . 4 heures d’arrêt, nous mangeons et à 7h le train s’ébranle, direction Chalons sur Marne . Nous arriverons à Vitry le François à 16h00 ; Un premier train de blessés nous croise, tout le monde regarde. Puis, ce sont les premières tombes avec leurs képis, on se regarde. Plus loin les villages deviennent tristes, des maisons et des clochers sont abattus ,c’est le commencement des ruines de la retraite de la Marne.
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