AccueilAu cours de sa période au front, Désiré Quévrain laissera quelques notes sur un carnet de route, le 1er janvier 1915 il écrit: " Les soldats ont pensé à leur famille, entre eux ils se sont souhaité la bonne année. Les parents, eux, ont certainement pensé aux leurs, partis sur le front. ". Le 2 janvier 1915 il continue ses notes: " Nous sommes près de secteur de Binarville . Une clairière; les allemands sont à 200 voir 150 mètres de nos lignes, entre deux trainent des cadavres qui trainent depuis des mois... ".
Désiré Quévrain est né le 25 août 1890 à Acheux (80). Adolescent il fait sa scolarité au collège La Providence d'Amiens en 6e au mois d'octobre 1901. C'est un élève peu timide, pieux, intelligent et gagne très vite l'estime et l'affection de tous, maîtres et élèves. Il fait son service militaire au 72ème RI d'Amiens et termine son instruction avec le grade de sergent. Engagé dans les combats en août 1914, Désiré Quévrain est blessé d'un éclat d'obus au cours des combats à Maurupt le Montois le 7 septembre 1914 . Embarqué dans un train sanitaire, il est évacué le 8 septembre puis rejoint un hopital à Nice le 12 septembre 1914. Le 27 septembre 1914 , il part pour un congé de convalescence à Pontivy chez des amis. Il rejoint l e 7 octobre 1914 le dépôt du régiment à Morlaix puis regagne le 72ème RI fin octobre 1914 dans la forêt d'Argonne.
Le 22 février 1915 , le 72ème RI se bat dans la région de Mesnils les Hurlus , au sud des positions du Bois Jaune Brûlés . Désirain Quévrain décrit les combats dans ce secteur: " le 22 février, je sors le premier de ma tranchée, le feu nous oblige à rebrousser chemin, le 23 je suis en première ligne les 24 et 25 février en seconde ligne. ". Lors d'un des rares moments de repos il écrit à ses parents les dernières nouvelles du front: " mes quatres derniers jours de tranchées ont été les plus terribles de ma campagne...le Capitaine m'a proposé pour une citation à cause de ma conduite au feu, j'ai été courageux pour la charge à la baionette mais c'était mon devoir. En ces jours là j'ai bien prié, Dieu m'a protégé; ma confiance est entière en Lui. Remerciez le donc. ". Le 26 février 1915 , le 72ème RI est relevé, il remonte en ligne le 5 mars. Le 8 mars , Désiré Quévrain note dans son carnet: " Ma couverture est trouée à plusieurs endroits par un éclat ou une balle. Le soir, on prend les tranchées arrière, plein d'eau, obligés de décharger le parapet et d'attendre là, couchés. ". Le 14 mars 1915, désiré Quévrain passe au grade d'Adjudant de la 8e Cie du 2e Bataillon.
25 avril 1915 , une nouvelle offensive est ordonnée afin de reprendre les positions S et I prisent par l'ennemi ( voir carte ci contre ). Après une forte préparation d'artillerie, l'attaque échoue en partie à cause de la forte efficacité des canons revolver de l'ennemi. Des renforts sont demandés, deux bataillons du 91e RI arrivent aux Eparges vers 23h; le 2e bataillon se dirige vers le ravin de Montville en réserve de sous secteur, le 1er bataillon est aussitôt envoyé en offensive afin de reprendre les tranchées capturés par l'ennemi.
Le 72ème RI dans les combats aux Eparges en avril 1915 >>>
Quelques jours plus tard, le secteur étant devenu plus calme, des soldats de sa compagnie se dévouèrent pour ramener le corps de Désiré Quévrain à l'arrière; ils ne purent que l'enterrer dans le versant du ravin de la Mort, opposé aux tirs de l'artillerie allemande. Lors d'une l'offensive allemande en 1916, sa sépulture se retrouva dans les lignes adverses, une explosion d'une mine dispersa le corps emportant tout espoir de retour au sein de sa famille. Désiré Quévrain fut à titre posthume décoré de la Médaille Militaire avec la citation suivante : " Sous officier énergique, a été tué alors que, à la tête de ses hommes, il résistait à une violent attaque le 25 avril 1915. "
En avril 1915 , le 72ème RI est envoyé dans le secteur à l'ouest de Maizeray, entre Pintheville et Riaville . Le régiment y restera quelques jours et y subira de lourdes pertes dans le rang des officiers et sous officiers. Le 17 avril 1915 , le 72ème monte au village des Eparges , où les combats vont s'y dérouler jusqu'au 28 avril, le régiment attaque sans relache dans le secteur du ravin de la mort où il est pris d'enfilade par les tirs des mitrailleuses allemandes installées dans la vallée de la Woevre . A sa droite le village est dans les positions françaises tandis que le village de Crombes est occupé par les troupes allemandes. Afin de tourner les troupes ennemies retranchées dans la plaine, le 72ème RI reçoit l'ordre de s'emparer d'un point stratégique appellé Point X (voir carte ci dessous) . C'est au cours d'un de ces combats autour de ce secteur que Désiré Quévrain sera tué, la tête emportée par un obus de canon revolver le 25 avril 1915.
Le 72ème RI dans les combats en février mars 1915 >>>
Les combats du 72ème RI en octobre 1914 >>>
Les combats du 72ème RI en janvier 1915 >>>