Ulysse Rouard entouré de sa famille en 1913 devant l'école de sa femme
Malgré son farouche patriotisme, Ulysse Rouard est avant tout un humaniste, il n'a pas la haine du soldat ennemi !. Le vendredi 28 août 1914 il écrit : " Je vois trois prisonniers allemands blessés, comme ils sont tristes les pauvres l'un d'eux est réserviste et père de 2 enfants comme moi. j'éprouve pour eux une grande pitié. "
Très vite dans ses notes, Ulysse Rouard reflète son angoisse face à un destin qui lui semble tragique. Le 7 août 1914 il écrit : " On s'ennuie assez - Peu d'hommes se doutent que la mort les guette. Pour l'homme conscient le sacrifice de sa vie est terrible à faire. Pour moi, je suis mort depuis mardi (4 aout 1914) pour tous ceux qui m'ont connu. Je veux n'être plus qu'un baton dans la main des chefs en qui j'ai grand confiance. Le Capitaine me parait à la hauteur de sa tâche, que de vies il tient dans son commandement. Une défaillance de ses facultés et 250 hommes peuvent le payer. J'ai assisté à ma propre mort, ma femme et mes filles ont pleuré pour moi. Puissé je après avoir accompli tout mon devoir de soldat, revoir la vie, revivre comme par le passé. Quelle resurrection ! je ne suis ni triste ni gai, je vis dans la mort et je meurs dans la vie. La guerre est une invention diabolique, quel sort affreux est réservé à cette chair à canon qui m'entoure et au dessus de laquelle je m'élève par la pensée que l'idéal de paix que je rêve sortira forcément de la guerre. Que notre sacrifice soit fécond, que cette guerre qui monte les peuples les uns contre les autres engendre la paix universelle et le désarmement. "
Durant les 4 mois de guerre, Ulysse Rouard prend des notes sur un petit carnet, jour par jour, il consigne les mouvements et les combats de son régiment. Son carnet raconte avec une très grande clarté l'horreur de la guerre, les moments de souffrance de ses hommes, la peur de la mort et surtout cette responsabilitré grandissante envers des hommes qu'il envoie irrémédiablement à la mort.
Dans ses notes du mois d'Août 1914, Ulysse raconte avec un soucis du détail les longues marches difficiles de son régiment sous un soleil de plomb, la soif, les premiers sons du canon à Virton. Puis c'est la retraite de Belgique, les premières désillutions de la guerre, la vue des premiers blessés provenant des régiments voisins. Plus son régiment approche du front, plus l'angoisse de la mort hante les hommes; le dimanche 16 août 1914 il écrit : " Nous sommes encore à Quincy vers les 2h du matin, on nous met en alerte, je vois des camarades abattus par la crainte de mourir (...) Pour moi, ayant fait d'avance le sacrifice de mon existence je reste moi même et suis ma destinée - J'espère. "
Le dimanche 6 septembre 1914 , Ulysse Rouard assiste pour la première fois à des scènes de pillage dans le village de Orconte , révolté par cette situation il écrit: " J'assiste là à un spectacle écoeurant, une section est logée dans une ferme, les habitants ont fui, le pillage s'organise; les uns se jettent sur les lapins, d'autres sur les poules, d'autres sur le vin (de la piquette) de la cave.Quelle tristesse j'éprouve, je me représente ma maison abandonnée par les miens, ma cave pillée, les souvenirs précieux brisés par les vandales qui pillent le plus souvent par plaisir et non par besoin. Les Français pillent en territoire Français. Je ne trouve pas de mots pour maudir les auteurs fautifs de telles exactions. "
vendredi 11 septembre 1914 , Ulysse Rouard note à cette date les premiers blessés et tués de sa compagnie: " je cherche mes camarades parmi les blessés et tués, les blessés gémissent se tordent de douleur (...) me voilà seul maintenant. Irons nous au feu aujourd'hui ? oh j'en frémis d'horreur ! ces obus cette mitraille c'est affreux. Ma femme mes enfants, ma mère pour vous je veux vivre ! . Notre compagnie a 63 blessés, 3 tués sur 250 soldats." A cette date Ulysse Rouard se trouve dans les combats de La Ferme des Petites Perthes dans la Marne.
Récit et témoignages sur les combats à la Ferme des Petites Perthes
Documentation Famille Danten et Lebrun Avec tous mes remerciements
Il continue son récit sur le champ de bataille au sud de Huiron: " Nous marchons sur le terrain pendant 4 ou 5heures, quelle vision d'épouvante, nos camarades les morts sont là, dispersés ça et là dans des poses horrifiantes, les faces convulsées, noircies, des têtes broyées, des membres épars. Comme je voudrai fuir cette vue". Lundi 14 septembre 1914 :" Aujourd'hui 10e anniversaire de mon mariage, j'y pense depuis plusieurs jours. 10 ans de bonheur que ne terminera pas la guerre, je veux l'espérer de toutes mes forces et j'envoie dans l'espace à ma femme chérie toutes les pensées émues qui emplissent mon cerveau et l'expression passionnée des élans de mon coeur."
Pertes du 272eme RI 593 tués blessés ou disparus 2 officiers tués capitaine Wirth , Lt Lery . 5 officiers blessés Lt colonel Brumm - commandant Delloye - capitaines Joulaud , Deconynck - Lt Ducrocq 11 sous officiers tués adjudant Vaillant - sergent major Lejeune - sergents Péro , Reydellet , Levasseur , Leroy , Pannier , Rigaud , Chardon , Vaillant et Simonny . 36 sous officiers blessés - 539 caporaux et soldats tués blessés ou disparus.
page 2 Accueil page 2Ulysse Rouard est né le 5 juin 1884 à Lavielleville (80). Il se marie le 14 septembre 1904 avec Charlotte Lecointe une "Picarde" né le 9 janvier 1883 à Bougainville arrondissement d'Amiens. De cette union vont naitre deux enfants, Liliane et Gillette qui en 1914 ont 6 et 3 ans. Tout comme sa femme, Ulysse Rouard est instituteur dans la Somme, il exerce dans les villages de Cléry, Ham, Beaucourt St l'Hallue, Péronne, Cappy, et Cavillon.
page 1Ulysse Rouard fait ses classes militaire au 120e RI de Peronne . En 1914, il incorpore le 272e RI Matricule 017964 au grade de caporal, sa capacité au commandement est très vite remarqué au sein de son régiment, il obtient la responsabilité de la 8ème escouade 2ème section de la 22ème Cie. Le Lt Levy commande la 22e Cie du 272e RI.