Bois Jaune Brûlé 1915 AccueilHenry de Changy est né le 10 septembre 1877 à Villefargeau (département de l'Yonne, région Bourgogne. Villefargeau est situé à 7 Km à l'ouest d'Auxerre. La famille Carpentier de Changy est originaire du Nivernais, du hameau du même nom "Changy"). le Vicomte Henry de Changy épouse mademoiselle Marie-Louise Le Gendre d'Onsenbray à St-Philippe du Roule à Paris le 12 avril 1910, le mariage fut célébré par l'évêque d'Evreux. Henry de Changy avait comme témoin à l'église le général Foch (futur maréchal de France) alors commandant de l'Ecole de Guerre. Henry de Changy y avait été admis après avoir réussi le concours. Henry aura trois fils, François né le 23 février 1911, Louis-René né le 22 avril 1913 et Michel né le 21 janvier 1915 et qui n'a jamais connu son père (...). Le frère d'Henry de Changy, Charles est mort pour la France, tué à l'ennemi, le 10 avril 1918. Il était capitaine au 20ème Régiment de Chasseurs à cheval. Les trois soeurs d'Henry et Charles (Gabrielle, Germaine, Berthe), ont toutes les trois été religieuses. Incorporé au 72e RI en 1914 et Capitaine de la 7e Cie du 2e Bataillon, Henry de Changy , Croix de guerre ( 2 palmes), fut tué le 22 février 1915 d'une balle dans le front alors qu'il entraînait sa compagnie à l'assaut. Il fut décoré de Légion d'Honneur à titre posthume, il avait 38 ans. Deuxième citation à l'Ordre de l'Armée : " Officier d'une rare valeur morale et intellectuelle. Déjà cité à l'Ordre de l'Armée pour sa bravoure et la façon brillante dont il avait commandé sa compagnie, puis son bataillon, dans tous les combats, depuis le début de la campagne. Le 22 Février 1915, a été tué en entraînant sa compagnie à l'assaut et en donnant à tous le plus bel exemple du mépris du danger ".
Offensive du 22 février 1915 au "Bois Jaune Brûlé"
Le fils aîné d'Henry de Changy, François alors âgé de 7 ans (petit garçon en costume marin) a été décoré de la Légion d'Honneur à titre posthume à Angers entre sa mère et son grand-père à l'occasion d'une prise d'armes spéciale. Pour anecdote, François de Changy raconta plus tard que l'officier lui avait planté l'aiguille à travers le tissu, piquant directement dans la peau mais qu'il voulait se montrer digne de son père alors il a serré les dents durant toute la cérémonie. (Documents/renseignements François Gaignault / Jacques Fouré Larivière )
22 février 1915 , d'après le communiqué officiel, on signale sur le front de Souain à Beauséjour, qu'une ligne de tranchées a été prise ainsi que de deux bois tenu par l'ennemi. Quant au 72e RI, il relève des éléments du 8e RI qui sont en première ligne. le secteur attribué au régiment est compris entre l es bois jumeaux exclus à l'ouest et au point situé environ à 200 mètres à l'est du " Bois accent circonflexe " la liaison est établit avec le 128e RI à l'ouest et le 51e RI à l'est. Le 3e bataillon est placé en seconde ligne aux tranchées du calvaire où se situe le poste de commandement du colonel. Dès son arrivé, le 1er bataillon reste à Mesnil Les Hurlus, l'attaque est décidée pour 15h par vagues succéssives et à comme objectif le " Bois Jaune Brûlé " (voir carte). En éxécution à l'ordre reçu, le 2e bataillon devra sortir des tranchées à 15h à l'instant même où l'artillerie allongera son tir, le bataillon devra sauter dans les tranchées allemandes et s'y installer. Le 3e bataillon suivra de près et poussera le plus vigoureusement possible en avant afin de conquérir le plus de terrain possible. Le 1er bataillon qui est à la disposition du Général de brigade doit serrer sur le calvaire et suivre le 3e bataillon, le colonel marchera avec le 3e bataillon. La première tranchée allemande se situe à la lisière du " Bois Jaune Brulé " à une distance d'environ 600 mètres du point de départ de l'offensive. A 15h l'attaque a lieu , le 2e bataillon sauf une partie de la 8e Cie que l'ordre n'a pas touché à temps, sort de ses tranchées mais bientôt pris en enfilade par les mitrailleuses ennemies installées dans le " Bois Jaune Brûlé " (flanquement en L). Les différentes compagnies sont arretées après s'être avancées sur des distances variables. La 7e Cie sur la droite a gagné près de 300 mètres, la 6e Cie au " Bois Bistre " une trentaine de mètres, la 5e Cie près de 100 mètres et 2 sections de la 8e Cie à gauche sous les ordres du Lt Regnault ont pu progresser de 150 mètres environ. Après s'être maintenu jusque 16h30, ces Cies sauf la 7e et quelques fractions des 5e et 6e Cie restent jusqu'à minuit et se replient. les pertes pour le bataillon sont sensibles, le Capitaine de Changy est tué, les Capitaines Daniault et Brenet sont blessés ainsi que les Lt et S/Lt Ramade , Roimarnier , De Saxée , Faussillon , Dautel et Regnault .
Le préfet de Saumur pendant l'entre deux guerre a demandé à rencontrer la veuve du capitaine de Changy en 1925 (elle habitait Angers) et lui a confié (notes de famille) que la veille de l'attaque, les officiers savaient qu'ils seraient sacrifiés avec leurs hommes face aux mitrailleuses allemandes. Henry de Changy en avait informé son état major en proposant un autre plan d'attaque d'abord refusé mais l'état-major s'est finalement rallié à son point de vue à la dernière minute envoyant un contre ordre. Hélas, il est arrivé trop tard pour la première vague déjà engagée dans le combat. Le futur préfet de Saumur commandait la deuxième vague, il avait reçu le contre ordre quelques instants après le départ de la première vague. D'après les notes, citant le préfet de Saumur: " Henry de Changy avait été promu Commandant quelques jours auparavant mais il a refusé d'abandonner sa compagnie avant cette attaque ".
Extrait du témoignage du soldat Lucien Drouard (72e RI) ordonnance du Capitaine de Changy: " Voilà dans quelle circonstance mon capitaine a trouvé la mort, c’était le 22 février. Le bataillon reçoit l’ordre de charger à la baïonnette sur un parcours de 600 mètres. L’attaque était commandée pour 3 heures de l’après-midi. L’artillerie tape dur dans les tranchées boches. Le terrain est nu. Une terrible crête à monter. Les Boches sont installés dans un petit fortin en ciment armé en bout de la crête. Ils sont bien armés : mitrailleuses, canons, revolvers et tout ce qu’il faut pour détruire du monde. A 3 heures 05, le signal est donné. Le dernier mot du capitaine était celui-ci : il y a quelques bataillons de sacrifiés, nous sommes de ceux-là. En effet, il ne devait jamais revenir. Tout le monde sort des tranchées. On courre, on fait les six cents mètres par bonds. Au deuxième trou, mon capitaine est frappé d’une balle dans l’œil et une en plein cœur. Pensez, la mort a été foudroyante. Tout le monde continue la marche. Restent sur le champ, morts ou blessés. On arrive à la ligne de fils de fer. On est forcé d’arrêter. On fait une petite tranchée pour s’abriter car les mitrailleuses fauchent toujours. A la nuit, nous sommes à l’abri. On fait des boyaux de communications. Le fortin n’est pas pris mais nous en sommes tout près. Les artilleurs tapent toujours. Quel roulement. Les Boches sont à la lisière du bois. Les obus fauchent les arbres que l’on voit …. Massacrés et spectacle horrible : les Boches sautent. On voit casques, jambes, bras. Tout cela vole en l’air. Il y a même la moitié d’un Boche de resté accroché dans un arbre. La tranchée n’est pas prise mais elle va tomber bientôt. Quatre jours après, elle est entre nos mains mais nous avons des pertes sérieuses. Le sol jonché de cadavres, les blessés ne peuvent être sauvés. Pas moyen d’aller les chercher sans risquer d’y rester aussi. Pour prendre ce fortin, on a fait charger 24 Compagnies. Les Boches qui étaient dedans ont été massacrés et le reste fait prisonnier. " (Autorisation et remerciements à Mr Lecomte)
Photos de l'école supérieure de guerre et d'état major à Paris. Le nom du Capitaine Carpentier de Changy est inscrit dans la colonne de la 35e promotion. copyright F Gaignault